jeudi 7 juillet 2011

Jacquard avait-il une fille ?

Dans La Tribune Lyonnaise fondée en 1845 par Marius Chastaing qui fut également à la naissance en octobre 1831 de l’Echo de la Fabrique on peut lire :
« …une nouvelle nous apprend que la fille de l’immortel Jacquard mène une vie languissante comme sous-maitresse dans un obscur pensionnat à Valence.
Jacquard, on le sait, est mort pauvre, sa statue décore l’une de nos places et sa fille aurait de la peine à gagner son pain de chaque jour, en attendant que la vieillesse ou les infirmités lui en ôtent le pouvoir ! Viendra-t-elle un jour mendier au pied de la statue élevée à son père par la reconnaissance publique !
La France littéraire a pris sous sa protection la petite nièce du grand Corneille. La France industrielle n’en doit-elle pas faire autant pour l’unique fille du grand Jacquard.
Nous ne faisons que former un vœu ; il sera sans doute entendu, et nous espérons que le conseil des Prud’hommes, après s’être enquis de la position de la fille de Jacquard* prendra lui-même une louable initiative ; c’est à lui qu’elle appartient, et nous serons heureux d’avoir contribué à une chose utile et glorieuse pour notre pays, en faisant un appel à son patriotisme et à son zèle pour la fabrique.

*Nous avons bien fait d’employer un forme dubitative, car Le Rhône (n°4837) contient une lettre de M. F.G. de Valence qui dément ce fait. Mlle Jacquard employée chez lui appartient à une famille de Lausanne et renseignement pris, Jacquard n’a point laissé de fille. »

dimanche 3 juillet 2011

Rixe entre ouvriers en soie

Tout n’est pas idyllique dans les rapports entre ouvriers en soie. La solidarité ouvrière n’est pas une généralité comme le rapporte un article du Censeur, repris par l’Echo de la Fabrique de 1841, le 31 août 1845.

« Une rixe sanglante a eu lieu le jeudi 15 août, sur la place de la Croix-Rousse, entre les compagnons ferrandiniers (tisseurs de soie) et les ouvriers de même état, non ferrandiniers. La police aidée de la troupe est venue mettre fin à cette lutte. Plusieurs ouvriers ont été arrêtés. Ces luttes sont déplorables ; les travailleurs ont mieux à faire qu’à s’entretuer pour des futilités, des mots. Les associations de compagnonnage sont de bonnes choses mais les faire servir à des haines sans but, à des combats absurdes, c’est les rendre odieuses. Il serait bientôt temps que les ferrandiniers et autres ouvriers voulussent s’apercevoir qu’ils font parfaitement les affaires de ceux qui repoussent toute réforme sociale, toute organisation du travail, et qui, aux tentatives faites dans ce but, peuvent opposer ces luttes de bêtes sauvages. »

Vogue de la Croix-Rousse : 15 jours en 1891 !

Le 4 octobre 1891 le quotidien républicain l’Echo de Lyon informe en ces termes de l’ouverture de la vogue de la Croix-rousse :

« La dernière vogue de l’année, celle de la Croix-Rousse, a commencé hier.
Les baraques des forains, installées la semaine dernière sur les quais du Rhône, couvrent maintenant la partie du boulevard de la Croix-Rousse comprise entre la gare de la nouvelle ficelle et la mairie.
L’animation est grande le soir sur le plateau ; nos braves canuts, la journée terminée, après une promenade sur le boulevard, envahissent les cafés ou rentrent chez eux manger les marrons grillés et boire le traditionnel vin doux.
La vogue durera quinze jours, après quoi les forains s’éparpilleront dans le Midi, pour nous revenir au printemps prochain. »

La vogue…mais celle de la place Sathonay

Le journal l’Echo de Lyon dans son numéro du 26 septembre 1891 peut annoncer à ses lecteurs :
« Dimanche 27 courant et lundi 28, grande vogue tenue par les commerçants et les jeunes filles du quartier.
Les plus grandes attractions foraines tel que chars tournants, balançoires, etc. y seront rassemblées
A l’occasion de la vogue, les commerçants ont pris des mesures pour offrir les premiers marrons de l’année et se sont tous munis de vins blancs nouveaux du Beaujolais. Les nombreux visiteurs trouveront dans cette fête le plus gracieux accueil
Lundi 28, un magnifique feu d’artifice sera tiré de la place. A 8 h grand bal public pendant les deux jours. »

vendredi 1 juillet 2011

Nos trottoirs !

On peut lire dans un numéro de l’Echo de Lyon de 1891 ce billet d’humeur. Toute ressemblance avec la situation actuelle est fortuite, d’autant qu’il ne parle pas des vélos !

« On se plaint vivement de l’envahissement des tables des cafés et des étalages de marchands. Certains industriels abusent véritablement de la tolérance qui leur est accordée en agrandissement ainsi leurs établissements.
Il serait bon de leur rappeler que nos trottoirs ne sont pas faits pour servir de lieu de débarras mais bien affectés aux piétons. »

La vogue et le bruit

Au conseil municipal du 29 septembre 1891, il est question du bruit intense généré par les vogues. Un conseiller municipal M. Bessière signale cet état de fait en précisant que l’on entend de la rive droite du Rhône une sirène à vapeur qui appelle les passants à la vogue du pont Lafayette. D’autre part M. Bessière constate que les orgues prennent chaque jour des proportions plus considérables. « Les vogues sont faites pour la distraction des citoyens mais non pour troubler la tranquillité de la population ».
M. Rossigneux qui préside la séance en l’absence du maire le docteur Gailleton retenu par ailleurs, le rassure en l’informant que « la question a été résolue : la sirène a été interdite et la modération imposée aux orgues. »
M. Pichot quand à lui proteste contre la prolongation de la vogue du pont Lafayette et invoque le cahier des charges au terme duquel aucune prolongation ne peut être accordée, sous quelque prétexte que se soit. M. Rossigneux lui rétorque aussitôt « qu’il n’est pas question ici du cahier des charges. La prolongation de la vogue du pont Lafayette a été accordée à cause de nombreuses pétitions. » Ce qui fait dire à M. Pichot : » Dans le cahier des charges, les jours de vogue sont indiqués d’une façon précise. Il n’y a pas lieu de s’écarter de ces indications. »

mercredi 29 juin 2011

Le drapeau noir : des canuts de 1831 à l’anarchisme de 1883

Ce n’est véritablement qu’en 1883 que le drapeau noir deviendra le symbole du mouvement anarchiste remplaçant le drapeau rouge. Et c’est bien la révolte des Canuts des 21, 22 et 23 novembre 1831 qui conduit les anarchistes Lyonnais à publier le 12 août 1883 le Drapeau Noir, organe anarchiste, dont les bureaux et la rédaction sont au 26 de la rue Vauban. En première page un article qui porte en exergue « Vivre en travaillant ou mourir en combattant », explique le choix de la couleur du drapeau.
« Ce n’est pas seulement pour jeter un nouveau défi à la société bourgeoise que nous avons donné à ce journal, destiné à continuer le combat soutenu par la Lutte, le titre de Drapeau Noir et que nous avons inscrit en tête de ses colonnes l’immortelle devise de nos frères les canuts. Nous avons voulu ainsi rendre plus vivant encore le souvenir de cette glorieuse insurrection ouvrière, la rappeler à ceux qui l’ont déjà oubliée et l’apprendre à ceux qui l’ont toujours ignorée ; nous avons voulu que la bourgeoisie soit d’ores et déjà bien avertie que le seul drapeau sous lequel nous puissions maintenant nous ranger est celui-là même que la misère et le désespoir faisait se dresser, au milieu des rues de la Croix-Rousse, le 21 novembre 1831 et que jusqu’au jour de la victoire prochaine, nous n’en aurons point d’autre. »